Au milieu de la nuit, la pluie tombait à flot, se brisant sur les capuches des quatre amis postés à l’entrée de la ville. Devant eux se dressait un portail en bois, usé par le temps et percé de quelques trous ça et là.
Toc, toc! Toc, toc!
- Qui va là ? Tonna une voix à l’intérieur de l’enceinte.
- Nous sommes quatre rabbits à la recherche d’un logis pour la nuit.
Après un moment, ils entendirent claquer les verrous de la porte. Elle s’ouvrit devant eux dans un grincement abominable. Ils entrèrent et scrutèrent les alentours.
L’ambiance et l’activité donnaient à la ville un aspect de métropole. Tous les habitants fixèrent les nouveaux visiteurs de façon morbide, compréhensible en ces temps orageux. Des charrettes, tirées par des chevaux noirs, allaient et venaient ici et là.
Les champs de blé, souillés par la pluie, paraissaient morts. Dans l’obscurité continuelle de la nuit, Brie, autrefois joyeusement animé, semblait sombrer dans les ténèbres.
Bientôt, les quatre compères arrivèrent à leur lieu de rendez-vous, à l’auberge des Fringues Equestres, dont l’enseigne battait au vent. Ils s’introduisirent alors dans la bâtisse et se présentèrent à l’accueil.
- Bonjour.
- Bonsoir, répondit l’homme au comptoir. Que puis-je pour vous ?
- Nous recherchons un homme, dit Froton, qui serait venu ici ce soir.
- Qui donc ? Demanda le réceptionniste tout en astiquant son verre.
- Un magicien du nom de Gandafly.
L’homme chercha dans sa tête
- Grand, barbu avec un grand chapeau…
- Oui, s’écria Froton, c’est lui ! Est-il venu ?
- Je ne l’ai pas vu aujourd’hui.
Les rabbits étaient surpris et se demandaient qu’est-ce qui avait bien pu le retenir. Le barman s’empressa de les rassurer.
- Il va certainement arriver. Voulez-vous l’attendre ? Je vous prépare une table.
- Merci, nous allons également prendre une chambre.
L’homme prit son stylo et son carnet de note.
- A quel nom ?
- …Jack Aubralond.
- Très bien, prenez place ! Dit-il en refermant son cahier.
Froton, Zam et compagnie, se faufilèrent à travers la foule, rassemblée autour d’une table où une femme dansait. Ils se trouvèrent des places, à l’écart de toute hostilité.
Peps, ne pouvant s’empêcher de parler, murmura.
- Bon, qu’est-ce que l’on fait à présent ?
- On attend. Répondit Zam à mi-voix.
Chacun avait une pinte dans la main. Ils en burent une gorgée.
Les beuglements de la gent masculine saoule couvraient ceux du pauvre tavernier cherchant à les calmer. Les discussions philosophiques se faisaient rare dans ce genre d’endroit. Rousseau n’y trouverait guère sa place.
Pendant ce temps, accoudé à la seule table calme, Froton scrutait les alentours, dans l’espoir d’apercevoir un haut chapeau dépasser de la masse. Mais il ne vit aucune trace du magicien. Tout ce qui attira son attention fut la présence d’un homme tapis dans l’ombre.
- Excusez-moi ? Lança t-il au tavernier qui se rapprocha de lui, qui est cet homme dans ce coin ?
- Qui ?
Il pivota la tête pour le regarder puis subitement la détourna.
- Lui, je ne sais pas très bien qui c’est. Je peux juste vous dire que dans le coin on l’appelle Petipas, il fait partie de la tribu des Rappeurs.
Ils se fixèrent mutuellement. Dans son esprit, ne se trouvait plus que cet homme, encapuchonné, au comportement bien singulier. Puis un son familier, vient troubler le silence dans sa tête.
- Saquette, bien sûr que je le connais, il est assis à cette table.
C’était Peps, grande pipelette par-dessus le marché, faisant la conversation à côté du bar. Il avait révélé le vrai nom de son ami. Ce dernier se retourna et se dirigea vers son imbécile de compagnon. Mais, maladroit comme il est, trébucha, frôlant par la même occasion l’oreille de Bubblegum. Il s’évapora.
Les yeux brillants de la foule se dilapidèrent. L’homme à la capuche se leva de sa chaise, intrigué. Tous les visages se tournèrent vers le lieu de l’incident.
De son côté, Froton se perdu parmi les flammes des ténèbres, voyant dans son œil (droit) l’Oeil. Il courait. La mort le pourchassait. Je ne peux décrire la scène (c’est trop fatigant) Au loin, dans la réalité, on entendait les cris stridents des serveuses.
Puis vint le moment où l’agneau vint sauver le rabbit de son cauchemar. Touchant sa jambe, il lui fit reprendre forme humaine. Froton se trouvait au milieu des buveurs bavassant comme si rien ne s’était produit. Il sentit alors une forte main le hisser en arrière. L’homme du coin de la salle le regarda.
- Venez avec moi. Il vous faut vous cacher. Emmenez l’Agneau
- Pfft ! Bubblegum, au pied ! Lui souffla t-il.
Froton suivit Petitpas hors de la pièce. Ils traversèrent les rues boueuses pour se rendre à l’hôtel le plus proche. Arrivé dans une chambre ouvrant sur l’auberge, Petitpas se décoiffa de sa capuche et révéla son visage sombre et ténébreux.
- Vous n’êtes pas en sécurité ici, vous devez partir.
- Mais comment ? Et pourquoi ? Demanda Froton.
- Elles vous ont repéré, et désormais, vous êtes en grand danger. Elles vont venir vous chercher ; vous et l’agneau.
Froton le regarda, les sourcils froncés. Mais il n’osa pas dire un mot, voyant l’homme songeur. Soudain, ils entendirent des pas lourds gravirent les escaliers. Petitpas tira son épée vers la porte fermée.
Elle s’ouvrit dans un fracassement terrible.
- Lâchez le et nous ne vous ferons aucun mal !
Petitpas rangea son épée.
- A qui ai-je l’honneur ? Demanda t-il.
Froton s’approcha d’eux puis se tourna vers le guerrier.
- Ce sont mes amis, affirma t-il, Zamsagarce Gamboy, Merrychrismas Brandbouquette et Pepindepomme Tocque, respectivement surnommés Zam, Merryc et Peps.
- Très bien, dit Petitpas, restez avec moi désormais.
Un grand silence se fut. Merryc et Peps chuchotaient des propos pratiquement inaudibles, certainement au sujet de l’homme.
Au loin, on entendait les Serveuses de l’Agneau défoncer le portail. A la fenêtre, Petitpas les vit s’introduire dans l’auberge, naguère habitat éphémère de nos amis les rabbits. Plus un souffle ne parcoura les rues jouxtant leur cachette. Seule une timide bise osa se manifester.
L’attente fut longue, jusqu’au moment où des beuglements de mécontentement se firent entendre. Elles avaient découvert le subterfuge. De pauvres coussins de plumes (d’oie) arrachés à la place des petites têtes de nos amis. Dehors les chevaux ronronnèrent de rage (ah bon ! Les chevaux ronronnent) compatissant avec leurs maîtresses. On les vit remonter en selle. Bientôt, elles s’en furent.
- C’est bon, dit Petitpas, elles sont reparties.
- Tant mieux, dit Peps.
- Dites-moi, lança Merryc, Petitpas, c’est ridicule comme nom.
Il prit un air dégagé.
- Je ne sais pas, moi, répondit-il, le scénariste m’a baptisé ainsi, que puis-j’en faire.
- Je lui en toucherai deux mots, moi, affirma le jeune Brandebouquette.
Bon ce n'est pas tout cela, dis-je, mais j’écris un bouquin, là, j’aimerai que vous le suiviez.
- Excusez-nous, on reprend.
Les Serveuses de l’Agneau étant parties, le guerrier s’adressa à Froton.
- Il nous faut partir. Je vous emmène chez les elfes. Là-bas, Bubblegum, tel que vous le nommez, y sera en sécurité.
- Je suis d’accord, seulement si mes amis, ici présents, peuvent m’accompagner.
Il soupira, mais acquiesça tout de même.
- Bon, dit-il, dormez un peu, cela vous fera du bien.
Tous s’allongèrent à même le sol, mis à part Petitpas, toujours aux aguets. Ils s’endormirent.
La lune était pleine lorsqu’ils s’extirpèrent de leur sommeil. Sortis du bâtiment, ils se rendirent promptement à la porte défoncée (juste un petit peu)
Les étoiles étaient déjà montées très haut dans le ciel, quand le groupe rejoignit la côte. Ils s’étaient décidés la veille – rappelez-vous - à rejoindre le royaume des elfes, pour y confier l’agneau. Ils empruntèrent alors une barque miteuse, assez large et qui, par miracle, flottait sur l’eau. Le guerrier rassura ses protégés en prenant toutes les responsabilités possibles. Ils s’embarquèrent enfin et suivi le courant du fleuve. Tous les fleuves mènent à Fondcave.
Froton était perdu dans ses pensées, se posa des questions : Mais qu’est-ce qui a bien pu arriver à Gandafly ? Lui seul pourra nous le dire.
Le silence régnait dans l’esquif.
Sur les rives, on pouvait entendre les violents bruits de sabots de chevaux. Les Serveuses de l’Agneau les pourchassaient. Il était possible d’entendre leur conversation.
- Criiiiiiiii ! Veeeeee ! (Intéressant, non ?)
Que je traduirai par : Le rabbit nous a menti, il n’y avait aucun magasin de chaussure à Brie. J’ai la rage !
Ne trouvez-vous pas cette langue très expressive ?